foto damas
Sonjé / Memre
Damas
2012,  Centenaire de la naissance de Léon Gontran DAMAS en GUYANE
28 mars 1912 - 22 janvier 1978
Lonnò-Rèspé pou Léon Gontran Damas

" Konvwé Papa DAMAS "

papa DAMAS






Palòfontchò DAMAS chak simenn (poèmes de DAMAS pour chaque semaine de 2012) - Lidé opiyaj pou lannen DAMAS (idées self service pour l'année DAMAS) -

PLiS NYOUZ asou : Gogo Kabrit Léon Gontran DAMAS 1912-2012 ( Fesse Bouc année DAMAS )

Kraké Damas 2002 ( Kraké Damas 2002 )  - ...................... (..........................)



Poèmes, textes de DAMAS pour chaque semaine de l'année 2012
à faire résonner chaque semaine dans toute la Guyane,
par nous, par nos enfants, par nos artistes, par nos sportifs par nos "personnalités", par les radios, par les télés, par les journaux....ké ròtankò

à lire, à photocopier, à tracter, à placarder, à diffuser, à radio-diffuser, à télé-diffuser....kéròtankò...

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1 simenn - dimanch 1yé - sanmdi 7 janvyé 2012

iL N'EST PLUS BEL HOMMAGE

il n'est plus bel hommage
à tout ce passé
à la fois simple
et composé
que la tendresse
l'infinie tendresse
qui entend lui survivre

(
Léon Gontran DAMAS, névralgies, p.77, Présence Africaine, 1964 )

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2zyenm
simenn - dimanch 8 - sanmdi 14 janvyé 2012

SAVOiR-ViVRE
                                            Pour Etienne Zabulon


On ne bâille pas chez moi
comme ils bâillent chez eux
avec
la main sur la bouche

 
Je veux bâiller sans tralalas
le corps recroquevillé
dans les parfums qui tourmentent la vie
que je me suis faite
de leur museau de chien d'hiver
de leur soleil qui ne pourrait
pas même
tiédir
l'eau de coco qui faisait glouglou
dans mon ventre au réveil

 
Laissez-moi bâiller
la main

sur le cœur
à l'obsession de tout ce à quoi
j'ai en un jour un seul
tourné le dos


(
Léon Gontran DAMAS, pigments, p.62, Présence africaine, 1962)

Rapé par Mustafa :
http://www.youtube.com/watch?v=Xo4kqPQD3rk



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3zyenm simenn - dimanch 15 - sanmdi 21 janvyé 2012

SOLDE

                                                       Pour Aimé Césaire

J'ai l'impression d'être ridicule
dans leurs souliers
dans leur smoking
dans leur plastron
dans leur faux-col
dans leur monocle
dans leur melon

 
J'ai l'impression d'être ridicule
avec mes orteils qui ne sont pas faits
pour transpirer du matin jusqu'au soir qui déshabille
avec l'emmaillotage qui m'affaiblit les membres
et enlève à mon corps sa beauté de cache-sexe

 
J'ai l'impression d'être ridicule
avec mon cou en cheminée d'usine
avec ces maux de tête qui cessent
chaque fois que je salue quelqu'un


J'ai l'impression d'être ridicule
dans leurs salons
dans leurs manières
dans leurs courbettes
dans leurs multiples besoin de singeries

 
J'ai l'impression d'être ridicule
avec tout ce qu'ils racontent
jusqu'à ce qu'ils vous servent l'après-midi
un peu d'eau chaude
et des gâteaux enrhumés

 
J'ai l'impression d'êre ridicule
avec les théories qu'ils assaisonnent
au goût de leurs besoins
de leurs passions
de leurs instincts ouverts la nuit
en forme de paillasson

 
J'ai l'impression d'être ridicule
parmi eux complice
parmi eux souteneur
parmi eux égorgeur
les mains effroyablement rouges
du sang de leur ci-vi-li-sa-tion

(
Léon Gontran DAMAS, Pigments, 1937, p. 41 )

Chanté par Nikko :
http://www.musicme.com/#/Nikko/titres/Civilisation-t2659.html

Chanté par Mister Love :
http://www.youtube.com/watch?v=AuBeIR368p4


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4yenm simenn - dimanch 22 - sanmdi 28 janvyé 2012
...
        BLACK-LABEL À BOiRE
        pour ne pas changer
        Black-Label à boire
        à quoi bon changer

 
TEL J'Ai VU LE CiEL
partout Un le même
ni moins bleu
moins beau
ni moins gris
moins triste
avec ou sans nuages

 
        BLACK-LABEL A BOiRE
        pour ne pas changer
        Black-Label à boire
        à quoi bon changer

 
J'Ai SAOULÉ MA PEiNE
ce soir comme hier
comme tant et tant
d'autres soirs passés
où de bouge en bouge
où de bar en bar
où de verre en verre
j'ai saoulé ma peine

 
Mort au cancre
au pou
mort au Chancre
au fou
et
sus au dévoyé
ont encore hurlé
ceux qui nombreux disent tous m'avoir à l'œil me regarder vivre
et ceux
ceux parlons-en
qui vagissent de rage et de honte
de naître aux Antilles
de naître en Guyane
de naître partout ailleurs qu'en bordure
de la Seine ou du Rhône
ou de la Tamise
du Danube ou du Rhin
ou de la Volga

 
Ceux qui naissent
ceux qui grandissent dans l'Erreur
ceux qui poussent sur l'erreur
ceux qui meurent comme ils sont nés
fils de singes
fils de chiens

 
Ceux qui se refusent un âme
ceux qui se méprisent
ceux qui n'ont pour eux-mêmes et leurs proches
que honte et lâcheté

 
Ceux qui renoncent une pleine vie d'hommes
d'être
autre chose qu'ombre d'ombres
Ceux qui se renient
se surveillent
se désespèrent
et se lamentent

 
Ceux qui se prennent eux-mêmes aux cheveux de ne point onduler
sous la brise embaumée
comme épis de blé d'or des pays tempérés qu'inventent les livres

 
Ceux qui voulant à leur nez qu'écrase tout le poids du Ciel
une forme moins plate
se le massent
le remassent au coucher
à la graisse de bœuf du Brésil
de Dominicanie
de Porto-Rico
du Venezuela

 
Ceux qui croient pouvoir s'amincir les lèvres
à se les mordre
jusqu'au sang
à longueur de journée

 
Ceux qui se traitent eux-mêmes
de sauvages
sales nègres
soubarous
bois-mitan
gros-sirop
guinains
congos
moudongues
fandangues
nangues

 
Ceux dont l'échine est veule
et le dos bastonné
et la fesse
bottée

 
Ceux dont l'attitude immuable d'esclaves
insulte à la sagesse antique et belle
de leurs propres Anciens

 
Ceux à qui la merveilleuse inconscience
fait zézayer de Père en fils
de fils en Pères
Zié Békés brilé zié Nègues
Il est dit que le Blanc aura toujours le nègre à l'œil

 
Ceux qui permirent le déracinement de DEUX CENT CiNQUANTE MiLLiONS des leurs

 
Ceux qui ordonnèrent les razzias
ceux qui obéirent à l'ordre de razzias
ceux qui dépistèrent les razziés

 
Ceux dont les Pères vendirent les fils à l'encan
et les fils à leur tour la Terre-Mère
ceux dont les frères donnèrent si gentiment la chasse à leur frères

 
Ceux qui se laissèrent prendre à ce jeu de famille
Ceux capturés vifs
et qui s'en réjouissant se dirent en eux-mêmes
Mieux vaut être chair rouge que gibier mort

 
Ceux qui ne virent dans la Mort
le salut de la Vie

 
Ceux qui s'en allèrent
bien dociles
à la file
le cou pris au carcan mayombé

 
Ceux dont la douceur
l'hébétude
l'inconscience
et la passivité
n'avaient d'égale
que l'arrogance
la sottise
la faconde
la vanité crépue
des dachys ouvrant la marche
des dachys fermant la marche au rivage

 
Ceux qui parvinrent exténués mais vivants au rivage
avant que d'avoir à quitter à jamais voiles au vent
les rives du Congo
du Gabon
du Bénin
de Guinée
de Gambie
de Gorée

 
Ceux qui ne s'étonnèrent de rien de voir un navire au large

 
Ceux dont les Ancêtres étampés
fleurdelisés
marqués de fer rouge
aux lettres du navire au Large
puis parqués
enchaînés
rivés
cadenassés
et calés
furent bel et bien du voyage
sans air
sans eau
sans fin

 
Ceux dont les Ancêtres furent jetés au cours du voyage
sans fin
sans eau
sans air

 
Ceux dont les Ancêtres
eurent la chair tout brûlée à vif
au-dessus des seins
sur les omoplates
sur le gras du bras

 
Ceux qui trouvèrent la pestilence commode
 

Ceux qui se laissèrent conduire par bordée sur le pont
Ceux qui au son de la vielle ou de la musette
se mirent à danser sous l'œil de la chiourme
le fouet de la chiourme

 
Ceux qui ne fomentèrent
nulle révolte
et celles
celles qui firent
avorter les révoltes
d'avoir eu non seulement
la matrice adulée
cajolée
dorlotée
ébranlée
mais encore
longue langue
langue longue

 
Ceux qui ne désarmèrent l'équipage
ceux qui ne firent feu sur l'équipage désarmé
et ne se rendirent maîtres après Dieu
de la barre et du gouvernail
mais bras croisés
l'oreille en proue
s'entendirent dire et lire
la sentence à mort
à mort la négraille
la valetaille
la racaille

 
Ceux que ma mémoire
retrouve encore Exil
assis de nos jours sur le pas de la case en bambou de lattes tressées
qui insulte au soleil éclatant des Antilles-Heureuses
d'être à jamais esclaves

 
Ceux que la Nuit surprend à se jouer du cul-de-pipe en terre rouge
des derniers Roucouyennes
du Pays de Guyane à mon cœur accroché

 
Ceux dont les yeux de chat-tigre
sont l'oreille
de la nuit de Rott' Pèye
de la nuit du Yan-man
ou de la nuit des isles à sucre
des isles à rhum
des isles à mouches
des isles à miel
des isles à ......

 
Ceux qui comptent les étoiles

 
Ceux qui se signent de grâce et d'effroi à l'étoile qui file

 
Ceux qui lisent dans les nuages

Ceux qui remercient le Ciel à tout vent

 
Ceux satisfaits d'eux-mêmes
qui se contentent de peu
se contentent de rien
Ceux dont l'estomac
depuis trois siècles et plus
fait envie ou pitié
moins envie que pitié

 
Ceux qui se nourrissent de morue et d'igname
de piment et de sel
tous les jours que Dieu fait
et que Dieu fait
sans vin sans pain
sans rien
d'autre
que souskaye à mangos
que mangos à souskaye

 
Ceux qui se lèvent tôt
pour que se lèvent tard
et se gavent
se dandinent
se pommadent
se désodorisent
se parfument
se lotionnent
se maquillent
se gargarisent
se congratulent
se jalousent
se débinent
s'enrichissent
d'autres

 
Ceux dont la sueur arrose
champ de cannes
de maïs
d'ananas
de bananes

 
Ceux dont la sainte résignation n'a d'égale
que le sacré mépris de l'Église où le Curé préfère
au blanc de blanc catholique et romain
un cul-sec de coeur de chauffe
des isles à sucre
des isles à rhum
des isles à mouches
des isles à miel
des isles à .....
des isles amènes
ainsi soient-elles
ainsi soit-il
Amen

 
Et sus au dévoyé
mort au cancre
au pou
mort au chancre
au fou
 

        BLACK-LABEL A BOiRE
        pour ne pas changer
        Black-Label à boire
        à quoi bon changer

                                          ...

(
Léon Gontran DAMAS, extrait de BLACK-LABEL, p.-p. 14-23, Gallimard )



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5yenm simenn - dimanch 29 janvyé - sanmdi 4 févriyé 2012

                   POUR SÛR

Pour sûr j’en aurai
marre
sans même attendre
qu’elles prennent
les choses
l’allure
d’un camembert bien fait

 
Alors
je vous mettrai les pieds dans le plat
ou bien tout simplement
la main au collet
de tout ce qui m’emmerde en gros caractères
colonisation
civilisation
assimilation
et la suite


En attendant
vous m’entendrez souvent
claquer la porte


Léon Gontran DAMAS, PiGMENTS, Présence Africaine, 1972, 2003, 2005, p. 53 )


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6zyenm simenn - dimanch 5 - sanmdi 11 févriyé 2012



COMME UN ROSAiRE
s’égrène
pour le repos
d’une âme
 

mes nuits s’en vont
par cinq
dans un silence
de monastère
hanté

(
Léon Gontran DAMAS, Graffiti, 1952)


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7yenm simenn - dimanch 12 - sanmdi 18 févriyé 2012

iL EST DES NUiTS                     

                        Pour Alejo Carpentier

Il est des nuits sans nom
il est des nuits sans lune
où jusqu'à l'asphyxie
moite
me prend
l'âcre odeur de sang
jaillissant
de toute trompette bouchée

 
Des nuits sans nom
des nuits sans lune
la peine qui m'habite
m'oppresse
la peine qui m'habite
m'étouffe

 
Nuits sans nom
nuits sans lune
où j'aurais voulu
pouvoir ne plus douter
tant m'obsède d'écœurement
un besoin d'évasion

 
Sans nom
sans lune
sans lune
sans nom
nuits sans lune
sans nom sans nom
où le dégoût s'ancre en moi
aussi profondément qu'un beau poignard malais.


Léon Gontran DAMAS, PiGMENTS, Présence Africaine, 1972, 2003, 2005, p. 27 )

Chanté par Sugar Kawar :
http://www.youtube.com/watch?v=33U_Nv_knfc


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8yenm simenn - dimanch 19 - sanmdi 25 févriyé 2012

 UN CLOCHARD M'A DEMANDÉ DiX SOUS

Moi aussi un beau jour j’ai sorti
mes hardes
de clochard

 
Moi aussi
avec des yeux qui tendent
la main
j’ai soutenu
la putain de misère

 
Moi aussi j’ai eu faim dans ce sacré foutu pays
moi aussi j'ai cru pouvoir
demander dix sous
par pitié pour mon ventre
creux

 
Moi aussi
jusqu’au bout de l’éternité de leurs
boulevards à flics
combien de nuits ai-je dû
m’en aller
moi aussi
les yeux creux

 
Moi aussi
j’ai eu faim les yeux creux
moi aussi j'ai cru
pouvoir demander dix sous
les yeux
le ventre
creux
jusqu’au jour où j’en ai eu
marre
de les voir se gausser
de mes hardes de clochard
et se régaler
de voir un nègre
les yeux ventre creux


(Léon G. Damas, Pigments, Névralgies, rééd. Présence Africaine, 1972, 2003, 2005, p. 39)

"Pigments, avec une préface de Robert Desnos et un bois gravé de Frans Masereel. Paris: G.L.M. Éditeurs, 1937 pour la 1ère édition.
Ouvrage saisi et interdit en 1939 pour atteinte à la sûreté de l'État !!!
Édition définitive avec une préface de Robert Goffin et un dessin hors-texte de Max Pinchinat, Paris : Présence Africaine, 1962."



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9yenm simenn - dimanch 26 févriyé - sanmdi 3 mars 2012

                      iLS SONT VENUS CE SOiR

                                          Pour Léopold-Sedar Senghor

ils sont venus ce soir où le
tam
     tam
           roulait de
                         rythme
                                   en
                                       rythme
                                                  la frénésie

des yeux
la frénésie des mains
la frénésie
des pieds de statues
DEPUiS
combien de MOi MOi MOi
sont morts
depuis qu'ils sont venus ce soir où le
tam
     tam
          roulait de
                        rythme
                                   en
                                       rythme
                                                  la frénésie
des yeux
la frénésie
des mains
la frénésie
des pieds de statues


(
Léon Gontran DAMAS, pigments, Présence africaine, 1962 )

"ils sont venus ce soir"+ une partie de "Black-Label" rapé par Mustafa :
http://www.youtube.com/watch?v=cKJZ8N1koto


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10zyenm simenn - dimanch 3  - sanmdi 9 mars 2012

                       OBSESSiON

Un goût de sang me vient
un goût de sang me monte
m'irrite le nez
la gorge
les yeux

 
Un goût de sang me vient
un goût de sang m'emplit
le nez
la gorge
les yeux

 
Un goût de sang me vient
âcrement vertical
pareil
à l'obsession païenne
des encensoirs

Léon Gontran DAMAS, pigments, Présence africaine, 1962 )

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11zyenm simenn - dimanch 10  - sanmdi 16 mars 2012

                 LA COMPLAiNTE DU NÈGRE

                                                       Pour Robert Goffin

ils me l'ont rendue
la vie
plus lourde et lasse

 
Mes aujourd'hui ont chacun sur mon jadis
de gros yeux qui roulent de rancœur
de honte

 
Les jours inexorablement
tristes
jamais n'ont cessé d'être
à la mémoire
de ce que fut
ma vie tronquée

 
Va encore
mon hébétude
du temps jadis
de coups de corde noueux
de corps calcinés
de l'orteil au dos calcinés
de chair morte
de tisons
de fer rouge
de bras brisés
sous le fouet qui se déchaîne
sous le fouet qui fait marcher la plantation
et s'abreuver de sang de mon sang de sang la sucrerie
et la bouffarde du commandeur crâner au ciel.

(
Léon Gontran DAMAS, pigments, Présence africaine, 1962 )

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12zyenm simenn - dimanch 17  - sanmdi 23 mars 2012

                           HOQUET

                                      Pour Vashti, et Mercer Cook

Et j'ai beau avaler sept gorgées d'eau
trois à quatre fois par vingt-quatre heures
me revient mon enfance
dans un hoquet secouant
mon instinct
tel le flic le voyou

 
Désastre
parlez-moi du désastre
Parlez-m'en

 
Ma mère voulant d'un fils très bonnes manières à table

 
  Les mains sur la table
  le pain ne se coupe pas
  le pain se rompt
  le pain ne se gaspille pas
  le pain de Dieu
  le pain de la sueur du front de votre Père
  le pain du pain

 
 Un os se mange avec mesure et discrétion
  un estomac doit être sociable
  et tout estomac sociable
  se passe de rots
  une fourchette n'est pas un cure-dents
  défense de se moucher
  au su
  au vu de tout le monde
  et puis tenez-vous droit
  un nez bien élevé
  ne balaye pas l'assiette

 
  Et puis et puis
  et puis au nom du Père
                         du Fils
                         du Saint-Esprit
à la fin de chaque repas
    Et puis et puis
    et puis désastre
parlez-moi du désastre
parlez-m'en

 
Ma mère voulant d'un fils mémorandum

 
  Si votre leçon d'histoire n'est pas sue
  vous n'irez pas à la messe
  dimanche
  avec vos effets des dimanches

 
Cet enfant sera la honte de notre nom
cet enfant sera notre nom de Dieu

 
  Taisez-vous
  Vous ai-je ou non dit qu'il vous fallait parler français
  le français de France
  le français du Français
  le français français

 
Désastre
parlez-moi du désastre
parlez-m'en

 
Ma mère voulant d'un fils
fils de sa mère

 
  Vous n'avez pas salué voisine
  encore vos chaussures de sales
  et que je vous y reprenne dans la rue
  sur l'herbe ou la Savane
  à l'ombre du Monument aux Morts
  à jouer
  à vous ébattre avec Untel
  avec Untel qui n'a pas reçu le baptême

 
Désastre
parlez-moi du désastre
parlez-m'en

 
Ma mère voulant d'un fils très do
        très ré
        très mi
        très fa
        très sol
        très la
        très si
        très do
        ré-mi-fa
        sol-la-si
             do

 
  Il m'est revenu que vous n'étiez encore pas
  à votre leçon de vi-o-lon
  Un banjo
  vous dîtes un banjo
  comment dîtes-vous
  un banjo
  vous dîtes bien
  un banjo
  Non monsieur
        vous saurez qu'on ne souffre chez nous
  ni ban
  ni jo
  ni gui
  ni tare
  les mulâtres ne font pas ça
  laissez donc ça aux nègres


( Léon Gontran DAMAS, pigments, éditions Présence Africaine)







Palòfontchò DAMAS chak simenn (poèmes de DAMAS pour chaque semaine de 2012) - Lidé opiyaj pou lannen DAMAS (idées self service pour l'année DAMAS) - Gogo Kabrit Léon Gontran DAMAS 1912-2012 ( Fesse Bouc année DAMAS )Kraké Damas 2002 ( Kraké Damas 2002 )  - ...................... (..........................)




larèl